300 mutualistes réunis à Amiens pour débattre des inégalités d’accès aux soins.

Le 27 janvier dernier, l’interrégionale de la Mutualité Française a rassemblé à Amiens (Mégacité) des délégués et représentants mutualistes de Picardie, du Nord-Pas de Calais ainsi que de Normandie. L’objectif, débattre du pré-rapport du congrès 2015 de la Mutualité et élaborer des propositions pour construire le futur du mouvement mutualiste. Après le discours introductif de Daniel Tourbe, Président de la Mutualité Française Picardie, Yves Daudigny, Sénateur de l’Aisne et rapporteur général de la commission des affaires sociales a pu apporter son éclairage sur la situation de la protection sociale et notamment l’intérêt des réseaux de soins.

Rapporteur au Sénat de la proposition de loi Leroux permettant la mise en place de réseaux de soins conventionnés, Yves Daudigny a dans un premier temps rappelé l’ensemble des tenants et des aboutissants qui entourent cette loi : « 3 ans et plusieurs tentatives ont été nécessaires pour aboutir à cette réforme » rappelle le Sénateur. Une loi qui concerne pour le moment les seuls secteurs de l’optique, de l’audioprothèse et du dentaire alors une 1ère question se pose : « peut-on envisager une extension de ces réseaux aux médecins dans le but de maitriser les dépassements d’honoraires ? » lance Jean-Martin Cohen-Solal, délégué général de la Mutualité Française. Pour Yves Daudigny la question est délicate, « à droite comme à gauche, beaucoup de collègues voyaient dans le vote de ce texte les prémices d’un système à l’américaine, or nous souhaitons que la solidarité reste au cœur du système, je ne suis pas sûr que nous soyons prêt actuellement ». Un avis qui n’est pas tout à fait partagé par Etienne Caniard, Président de la Mutualité Française, pour lui « il est presque déjà trop tard pour agir ».

Les débats ont ensuite rappelé la forte taxation des mutuelles. Des taxes qui sont passées de 2,5% à 13,25% en seulement 2 ans. « Je défends l’idée d’une taxation différenciée selon la responsabilité du contrat » affirme Yves Daudigny et reprend « l’écoute du gouvernement sur ce sujet n’est pas extraordinaire ».

« Les dépassements d’honoraires ne devraient pas existés » lance ensuite le Sénateur de l’Aisne sous les applaudissements de la salle. Si la lutte contre les dépassements d’honoraires est bien engagée « il parait évident qu’il est impossible de revenir à un système sans dépassements » poursuit Yves Daudigny justifiant ses propos par la hausse des tarifs de la Sécurité sociale et l’aggravement du déficit qu’engendrerait une telle mesure.

Enfin, après avoir échangé sur les déserts médicaux et les maisons de santé pluridisciplinaires, Stéphane Junique, Vice-Président de la Mutualité Française a clos ces débats d’une grande qualité et laissé la parole au Secrétaire Général pour la présentation du pré-rapport.

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Objectif congrès

Roland Berthilier a insisté sur l’impératif de « donner un véritable rôle aux mutuelles dans le système de protection sociale et non celui de devoir seulement pallier aux insuffisances du régime obligatoire. Il convient de rechercher des solutions durables pour imaginer la Mutualité de demain ». Il a également expliqué que « les mutuelles doivent aujourd’hui se positionner comme un véritable compagnon de vie de leurs adhérents, en agissant sur les déterminants de santé et en optant pour une prise en charge globale de l’adhérent ».

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Dans son discours de clôture, Etienne Caniard a souhaité revenir sur l’émergence des mutuelles communales qui ont fait débat lors de cette soirée. « Les mutuelles communales sont la révélation de la démutualisation que nous dénonçons depuis des années. Entre 2010 et 2012 nous avons perdu 1 point de couverture des complémentaires, soit 500 000 personnes supplémentaires qui ont deux fois plus de raisons de renoncer aux soins ». Pour le Président de la Mutualité Française, il faut remutualiser le risque et permettre les conditions de réintroduction de la solidarité intergénérationnelle.

Les échanges de cette soirée ont largement souligné l’oubli par l’ANI des personnes âgés, des chômeurs et des jeunes. Pour Etienne Caniard, l’ANI ne s’apparente pas à une généralisation de la complémentaire santé mais à une ouverture pour certains de passer d’un contrat collectif à un contrat individuel. « En étant optimiste à 4 ou 5 ans, il y aura 400 000 personnes couvertes de plus mais je rappelle qu’on vient d’en perdre 500 000 ».

Enfin en conclusion, Etienne Caniard a insisté sur le courage dont il fallait se doter pour engager les réformes de notre système de santé. « L’enjeu du congrès de Nantes est d’inventer un nouveau modèle et construire ensemble l’avenir de la Mutualité ».